La Désormais Tristement Célèbre Vidéo de Savien par Jean Willer Marius

La Désormais Tristement Célèbre Vidéo de Savien

  • Par Jean Willer Marius – Aspirant ministre du Bonheur des Haïtiens.
  • Que ferons-nous avec tous ces esprits tordus, armés ou pas, après la crise ?

Ce texte probablement ne sera pas lu à la radio pour en faire bénéficier ceux qui n’utilisent pas les réseaux sociaux et bouger un peu les choses, n’étant pas issu de la plume de quelqu’un qui a utilisé toute sa vie une arme à feu comme outil de travail et qui impudemment clame son parcours et son éducation dénués de la culture de la violence.

La misère qui ronge notre pays est un moindre mal, comparé à l’hypocrisie qui nous définit aujourd’hui comme société. L’ami ou le frère, à qui nous savons tenir une main secourable dans le malheur ou dans l’indigence est le premier à tourner le talon contre nous pour se livrer à des racontars destructifs à notre encontre, l’ami ou le frère que nous accueillons chez nous, qui partage notre table, ne se gêne pas de faire des avances à madame notre femme dès que nous avons le dos tourné. Le politicien qui fait la grosse gorge à la radio de jour, se retrouve à Pèlerin de nuit pour sabler le champagne. L’homme d’église qui a raflé la dime et les offrandes au nom du Seigneur depuis la nuit des temps, se mure dans un silence irréligieux face à cette crise où le peuple affamé a un urgent besoin d’un retour d’ascenseur. Et, l’internationale qui, soutenant un voleur avéré contre la volonté manifeste de la majorité, resserre chaque jour davantage l’étau du sous-développement, de l’assistanat comme pour pérenniser notre état d’abêtissement, nous appelle tous au dialogue, et nous rappelle, pour se moquer de nous comme toujours, que la solution à la crise doit être haïtienne. Quel pays de canards !

C’est une vidéo que les personnes au cœur tendre n’ont pas voulu visionner. Ils ont raison, car on n’en sortirait pas indemne. On croirait rêver ! La chair humaine est massacrée à coups de machette comme sur la table du marché. Un boucher s’improvisant chirurgien anatomiste ouvre la poitrine à coups redoublés de machette pour déloger le cœur d’un être humain et le préparer pour la cuisson, pendant que les têtes coupées sont exhibées à la vue de tous. Des armes de guerre à l’état neuf sont brandies comme pour affirmer leur puissance, leur prise du contrôle du pays. Pendant qu’on entend des cris de satisfactions de la part de la population, des acteurs et du journaliste. Ils tiennent à tout prix que leurs exploits soient connus de tous, sachant surtout que justice ne sera pas faite, car tant et aussi longtemps que ce criminel continue de se constituer président avec le support des champions de la démocratie ; tous les crimes sont légaux, pour eux.

Pourtant nous ne sommes pas à notre première vidéo du genre. Aujourd’hui ce n’est pas seulement les télévisions qui disposent de caméras, de toute façon on en verrait très peu. On se souvient encore de l’exécution live de ce jeune dans les quartiers pauvres du bas de la ville, de ce groupe de jeunes qui a exécuté l’un des leurs pour ensuite brûler et manger sa chair face aux caméras des journalistes improvisés ou de ces exécutions sommaires de la police en plein jour, ou des cochons qui mangeaient la chair des victimes du massacre de la saline ; images horribles qu’un politicien du sérail ayant fait les quatre cents coups a reléguées à l’ère 2004, de ce groupe qui était entré dans l’ambassade du shérif et qui n’était pas, dit-on, ressorti.

Toutes ces exactions ont une chose en commun : tous les coupables sont toujours en liberté alors que nous nous lamentons, attendant la plus prochaine vidéo qui comme on peut aisément le prévoir, va essayer de supplanter la désormais tristement célèbre vidéo de Savien qui circule sur tous les téléphones. Aucun organe régulateur pour bloquer la diffusion, nous vivons à découvert. Nous risquons de connaître, si rien n’est immédiatement fait pour stopper ce déferlement de l’inqualifiable, un réveil brutal. Car nous nous illusionnons, quand dans les hauteurs de nos zones de confort, nous pensons être à l’abri. Haïti se meurt de la pire des manières et nous continuons à rire, et à manger cette viande que nous pouvons encore acheter quand eux-autres, dépourvus de ce pouvoir d’achat que nous leur avions volé, se repaissent de chair humaine, la seule viande devenue accessible à peu de frais en Haïti.

Ces vidéos qui remplacent désormais les « adresses à la nation » digne de ce nom seront probablement visionnées, malgré notre interdiction, par nos enfants comme un coup du destin, pour nous rappeler que nous sommes tous coupables.

Les chirurgiens anatomistes de Savien sont-ils les seuls à avoir l’esprit tordu ? Sommes-nous meilleurs quand, sous l’égide d’un fou, au nom d’une constitution dépassée et d’une internationale menaçante, nous acceptons que notre pays descende de ces profondeurs abyssales ?

J’aspire à devenir ministre du Bonheur des Haïtiens, quand Haïti Renaîtra. Cela parait-il, prendra du temps. Le temps de jeter nos masques hypocrites et de nous asseoir ensemble autour de la table, les mauvais avec les moins mauvais, de faire amende honorable pour une sortie définitive de cette crise qui passe avant tout par la révocation du fou maintenu au pouvoir.

  • Octobre 2021