Une leçon d’Histoire : l’Immortel Dessalines par Garaudy Laguerre

UNE LECON D’HISTOIRE

  • L’Immortel Dessalines Par Garaudy Laguerre
  • 17 0cobre 2020

Nous remercions tous ceux et toutes celles qui nous ont fait l’honneur de répondre, aujourd’hui, à notre invitation, et qui ainsi nous offre l’opportunité de parler de notre héros. Aujourd’hui, si nous ne sommes ni des Arawaks ni des Taïnos, c’est tout simplement parce que les blancs européens ont exterminé les indigènes, à travers un des plus terribles génocides.

Si nous pouvons nous réunir aujourd’hui, sans avoir des chaines au cou, aux pieds ou au cerveau, si nous sommes encore vivants, si nos ancêtres n’ont pas subi le même sort que les Indiens, c’est grâce à notre empereur, c’est grâce à Jean Jacques Dessalines. C’est la raison pour laquelle je vous invite, tous ensemble, de vous lever, d’observer une minute de recueillement pour commémorer sa mémoire et de répéter après moi : Merci papa Dessalines !

Aujourd’hui, nous commémorons donc la mémoire de Dessalines. En même temps nous condamnons la trahison qui a mis fin à ses jours et qui, en stoppant le projet dessalinien, a dévié la nation de sa vocation. Néanmoins, aujourd’hui et à jamais, nous ne cesserons de célébrer la vie et la contribution de l’Empereur Jean Jacques Dessalines, parce qu’il est immortel. Dessalines l’immortel avait un cœur rempli d’amour, amour pour son pays, pour son peuple, pour sa race, pour la nation et par-dessus tout amour pour la liberté.

Dessalines était un esclave des champs, rebelle de nature qui était très maltraité par les colons blancs. On l’enchainait, mais jamais ne le dominait. On l’humiliait, mais jamais ne lui faisait baisser la tête. Il portait des traces de coups de fouet sur tout le corps. Il les exposait comme le symbole de sa résistance et de son endurance. Malgré tout, il n’a jamais pensé à se venger de la méchanceté dont il était victime de la part de son propriétaire, le nommé Duclos et des autres colons. Sa tante, Toya, en lui enseignant que la Liberté n’ayant pas de prix et qu’il fallait lutter pour l’arracher à tout prix, lui avait ainsi inculqué une ambition bien plus élevée.

Dessalines était un révolutionnaire : « Nous devons faire le serment de lutter jusqu’au dernier soupir pour l’indépendance de notre pays ». Cette affirmation n’était pas seulement une déclaration ou le souhait d’un beau diseur qui a peur du combat ou qui craindrait d’affronter l’ennemi. Loin de là. Dessalines était un guerrier intrépide dans toutes les batailles qui ont abouti à l’abolition de l’esclavage et à l’indépendance du pays. Il a rejoint l’armée révolutionnaire, en 1791, en tant que simple soldat, sous les ordres de Toussaint Louverture, durant la révolte dirigée par Boukman dans la Plaine du Nord, une semaine après la cérémonie du Bois Caïman. Dessalines était loyal et discipliné. Il suivra fidèlement la politique de Toussaint jusqu’en 1802, année de la déportation de celui-ci par le général Leclerc. Que ce soit contre les Espagnols, les Anglais ou les Français, Dessalines n’était pas seulement présent, mais se trouvait à l’avant-garde de toutes ces batailles, soit sous les ordres de Toussaint Louverture, soit en tant que chef des troupes qu’il commandait lui-même.

L’attachement de Dessalines à l’idéal de liberté et à la l’émancipation des esclaves l’empêchait de faire une différence entre l’ennemi blanc et l’ennemi mulâtre, dès que l’un ou l’autre s’opposait à l’abolition de l’esclavage. Il a combattu, en tant que général de Toussaint Louverture, contre l’armée du général mulâtre André Rigaud, durant la « Guerre du Sud », sans réserve et avec la même passion qui l’animait contre les Français, les espagnols ou les anglais. Néanmoins, il avait le sens de la justice et n’humiliait jamais son adversaire. Dans la défaite, il laissait à celui-ci la possibilité de battre en retraite.

Dessalines était un leader militaire à la fois inspiré, sévère avec ses troupes et intraitable avec l’ennemi. Au fort La Crète à Pierrot, dans l’Artibonite, 300 esclaves soldats affrontèrent vaillamment plus de 2 000 soldats européens bien armés que vinrent renforcer par la suite 10 000 autres, sous le commandement de Leclerc, revenu rétablir l’esclavage dans la colonie. Dessalines avec seulement douze pièces de canon, son courage, son génie, sa conviction et sa créativité réussit à évacuer ses troupes du fort, à la barbe des Français. Il alluma une torche sur un baril de poudre et dit à ses soldats : « Ce matin, je ne veux que des braves à mes côtés. Les Français vont nous attaquer. S’il y en a parmi vous qui veulent retourner dans l’esclavage des Français, qu’ils quittent le fort. Que ceux qui choisissent de mourir en homme libre viennent se mettre à mes côtés ». Tous les soldats répondirent : « nous voulons mourir pour la liberté ». Dessalines renchérit : « Si les Français pénètrent dans ce fort, je nous fais tous sauter ». Pour Dessalines, la liberté n’avait pas de prix. Entre la liberté et la mort, son choix était clair. Il assumait la mort et avait choisi de mourir libre, les armes à la main.

Dessalines a tracé son chemin dans le tourbillon de contradictions qui caractérisait son époque et le contexte politique dans lequel il évoluait. Il y avait en même temps des alliances, des trahisons, de la fraternité, des inimitiés. Il y avait des adhésions, des abandons et des départs. La lutte impliquait des noirs, des mulâtres et des blancs ; des libres et des esclaves. La révolution haïtienne n’était pas une partie de plaisir, une bamboche à la faveur de laquelle on se soulait et faisait bombance. Elle était faite de rêves et de sacrifices, de sang, de beaucoup de sang et de morts.

Après que Leclerc eut déporté Toussaint Louverture et qu’il apparut clairement aux noirs et aux mulâtres que le plan de Napoléon était de les remettre tous en esclavage, les conditions subjectives d’une alliance historique entre ces deux groupes étaient alors réalisées et c’est ainsi que Dessalines fut mis à la tête de l’armée révolutionnaire qui devait s’opposer aux forces de Rochambeau. Ce que Dessalines réussit, au-delà des espérances placées en lui. Face à la résistance dont faisait montre l’armée révolutionnaire, Rochambeau réclama de Napoléon 25 000 soldats supplémentaires, afin de pouvoir exterminer les 30 000 hommes et femmes qui composèrent l’armée indigène et rétablir l’esclavage, les femmes étant plus impitoyables que les hommes sous le leadership de Dessalines. Quand un jour Rochambeau fit creuser des fosses pour assassiner et y enterrer 500 noirs, Dessalines donna l’ordre de pendre 500 blancs qui vivaient au Cap français (Cap haïtien, actuellement), à la barbe de Rochambeau. Dessalines était intraitable face à la cruauté et aux atrocités des Blancs, mais ne s’écarta jamais de sa stratégie dont l’objectif principal était de mettre en déroute l’armée française et de créer un pays libre, affranchi du joug colonial et indépendant.

Sous le commandement de Dessalines, la guerre révolutionnaire prenait une autre dimension. Elle devint une guerre totale et aucun point du territoire n’y était exempté. La guerre s’étendit même sur le domaine maritime. L’armée indigène attaqua les forts, les bateaux, les garnisons militaires présents dans les villes principales et même le quartier général des forces françaises. C’est ainsi que peu de temps après la déportation et la mort de Toussaint, l’armée dessalinienne et son haut état-major composé de Geffrard, Ferou, Gabard, Magloire Ambroise, Vernet, Pétion, Cangé, Romain, Pétion, Lavaud, Christophe et François Capois (dit Capois Lamort) avait déjà contrôlé presque tout le pays. Sud de la ville la stratégie de la guerre totale livrée contre les Français avait réussi. Ceux-ci furent obligés de se replier sur Le Cap et d’organiser leur ligne de défense principale à Vertières, l’entrée sud de la ville.

Après que Dessalines eut pris possession de Port-au-Prince, il passa des instructions pour que toutes ses troupes viennent le rejoindre dans le Nord, afin de livrer la dernière grande bataille qui allait faire connaitre au monde entier notre existence et faire savoir qui nous étions.

Voici comment un officier français qui participait à la bataille de Vertières, du nom de Delafort, décrivit cet événement historique :

Qui sont ces géants uniques en leur genre ? Battre, ils savent se battre et mourir. Il vous faudra les affronter, pour connaitre leur courage indomptable, face au danger.

J’ai vu une colonne de soldats noirs, sous les mitrailleuses de canons à quatre pièces, s’avançant à bout de souffle, sans reculer d’un pas.

Plus ils tombaient, plus les autres se redoublaient de courage.

Ils avançaient et chantaient… ils chantaient parce que les nègres chantaient à chaque occasion…, ils chantaient, parce que les nègres chantaient à propos de tout.

Leurs chants étaient les chants de Héros, leurs chants étaient les chants des braves :Grenadye alaso

Saki mouri, zafè a yo

Nanpwen manman

Nanpwen papa

Grenadye alaso

Saki mouri, zafè a yo[1]

Cette chanson reprise par des milliers de voix, rythmée par les salves de canon montait jusqu’aux cieux  et produisait un effet qui faisait frémir.

Cette marée humaine de combattants noirs chantait et marchait sur la mort, sous les rayons d’un soleil qui était magnifique. »

De Lafò a conclu en disant que ce formidable spectacle reste encore dans sa mémoire et son imaginaire aujourd’hui, tel qu’il était, plus de 40 ans plus tard !

C’est dans cette bataille que Kapwa Lamò a reçu les ovations de ses ennemis, pour sa bravoure, quand ils ont réalisé que même un boulet de canon ne pouvait l’arrêter.

Après l’attaque conduite par Capois, Dessalines fit venir les généraux Capois et Philippe Daut, et leur dit : Je veux qu’avant une demi-heure le drapeau indigène flotte au sommet de la Butte Charrier, dus-je voir disparaitre nos régiments, les uns après les autres. C’est cette détermination et ce courage qui ont assuré la réussite de la vision, des plans et des stratégies militaires de Dessalines, et qui conduiront à la capitulation des Français, le 19 novembre 1803. Le 1e janvier 1084, Dessalines qui fut nommé gouverneur général à vie, allait prononcer la déclaration officielle de l’indépendance, signée par tous les généraux. Au mois d’octobre 1804, il fut couronné empereur, car l’on pensait que le titre de gouverneur ne seyait pas à une nation indépendante.

La pensée de Dessalines peut se résumer ainsi : les blancs ne méritaient aucune sympathie de notre part pour nous avoir sauvagement maintenus en esclavage, violé nos sœurs, nos filles, nos femmes, nos mères. Il nous fallait leur rendre la pareille, œil pour œil, affront pour affront, crime pour crime. Il nous fallait utiliser leur propre méthode, les seuls codes qu’ils connaissaient, ceux de la violence, pour leur faire comprendre que nous voulions tourner définitivement la page et bâtir une autre société. Il croyait que la seule façon pour la race noire de s’affranchir de l’esclavage consistait à rejeter la culture, la religion des blancs, en contrecarrant la violence esclavagiste par la violence libératrice des noirs.

Néanmoins l’idéologie de Dessalines ne se limitait pas à cette dimension. Il pensait qu’il ne suffisait pas de vaincre les blancs militairement, mais qu’il fallait aussi créer un État, une armée et une nation forte prenant appui sur notre culture, notre langue, nos croyances afin de cimenter toutes les couches sociales de la population. Un État créé par nous et pour nous. Ainsi pourrions-nous prospérer et aider d’autres nations à se libérer.

Après la guerre de l’Indépendance, Dessalines hérita d’un pays en ruines. Dessalines avait compris qu’en dépit de l’importance des armes, elles n’étaient pas le facteur déterminant de notre Indépendance, mais que c’était surtout la volonté des masses de sortir de l’esclavage, de vivre libre ou de mourir qui nous a valu notre indépendance. Maintenant que les masses étaient devenues libres, Dessalines croyait que le pays devait rester uni, à la faveur d’une mobilisation permanente autour de la production et l’organisation militaire afin de pouvoir tenir tête aux pays esclavagistes de l’Amérique et de l’Europe qui nous entouraient et qui ne voulaient pas accepter l’idée [2]d’une nation noire, à leur proximité. C’est l’une des raisons pour lesquelles, en 1805, Dessalines créa la première constitution d’Haïti qui régula la vie économique, politique, militaire et culturelle de la jeune nation, et nous donna notre premier drapeau, un bicolore noir et rouge. Il passa des instructions à tous les généraux de construire des forts protégeant tout le pays contre le retour éventuel des Français. Haïti devait être prêt à y faire face et à leur infliger une nouvelle défaite.

Dessalines était à la fois un libérateur, un humaniste, un internationaliste et un visionnaire sans pareil. Il a manifesté son empathie et sa générosité envers tous les peuples opprimés. Quand il changea le nom de Saint-Domingue par lequel les Français désignaient le pays, il choisit celui d’Haïti[3] que les aborigènes décimés par les conquistadors espagnols lui avaient donné. Il redonna ce nom d’Haïti pour honorer la mémoire et la culture des Indiens. Il offrit la nationalité haïtienne à tous les Polonais qui avaient combattu aux côtés des esclaves durant la guerre de l’Indépendance et permit leur intégration dans l’armée et dans la vie économique.

Dessalines était un internationaliste

Avant lui l’histoire n’a pas connu un plus grand internationaliste que Dessalines qui a aidé les pays et les leaders qui se battaient pour leur liberté, contre la colonisation ou l’esclavage. En aidant Miranda, il traçait la voie suivie par Pétion vis-à-vis du « libertador » Simon Bolivar. Dessalines savait que pour la pleine réussite de la révolution haïtienne, il était préférable qu’Haïti ne soit pas la seule à prendre cette direction et que l’objectif ultime était le changement du système économique mondial. Il prévoyait que les blancs n’allaient pas laisser survivre cette expérience. Déjà, ils avaient eu le temps de rétablir l’esclavage à la Jamaïque et en Martinique tandis que les Espagnols continuaient la traite des noirs dans la partie orientale de l’île. C’est la raison pour laquelle il avait fait construire les forteresses et qu’il soutenait les autres luttes de libération qui émergeaient dans la région. Il va prendre l’initiative de mener une campagne en vue de contrôler l’île entière. Il abandonnera ce projet quand circula la rumeur qu’une flotte française était déjà dans la baie de Port-au-Prince en vue de s’attaquer aux acquis de la révolution.

Afin de diminuer les risques de conflits entre les acteurs haïtiens, de nature à dévier la révolution et mettre en péril l’état fragile en construction, Dessalines promulgua la Constitution de 1805, une Constitution laïque permettant à chaque individu et à chaque communauté de pratiquer sa religion et de révéler ses propres expressions culturelles. Un exemple que le reste du monde suivra plus d’un siècle après.

Sur la même lancée, il essaya de souder l’alliance et l’entente entre les noirs et les mulâtres, car il croyait que cet héritage constituait un véritable défi pour le pays. Il s’articulait sur une brèche que les blancs pourraient continuer à creuser pour nous diviser et imploser la nation. C’est pourquoi notre première Constitution proclamait que toute personne ayant la nationalité haïtienne était ipso facto un noir.

Dessalines a encouragé et supporté le massacre des Français non seulement pour punir les crimes perpétrés par les anciens bourreaux, mais surtout pour sceller, comme dans un pacte sacrificiel, l’alliance des noirs et des mulâtres contre les blancs. Constitution de 1805 reconnaissait les enfants naturels au même titre que les enfants légitimes, le mariage étant considéré comme un simple acte civil. Dessalines croyait en la répartition équitable de la richesse nationale. Quand les mulâtres eurent pris le contrôle économique et politique du pays, avec la complicité de quelques généraux noirs issus de la catégorie des anciens libres, ils prétendirent être les héritiers des anciens colons blancs et essayèrent de s’accaparer de tous les biens domaniaux du nouvel état au détriment du reste de la population noire, Dessalines s’y opposa. Il était un socialiste avant la lettre.

Des leaders de la trempe de Dessalines et de Capois ne plaisantaient pas avec les Français qu’ils considéraient comme des ennemis, contrairement aux mulâtres qui fricotaient avec les blancs, imprégnés de la culture française, certains ayant même fréquenté des centres d’enseignement de France. Ceux-là n’avaient jamais accepté l’idée qu’ils étaient les égaux des anciens esclaves noirs. Ils n’étaient non plus d’accord que le pays soit totalement déconnecté de la France. Ainsi, certains généraux même quand ils ne manifestaient pas leur désaccord avec les lois promulguées par Dessalines, n’y adhéraient pas. Tel était le cas concernant les dispositions sur l’égalité de statut entre enfants légitimes et les enfants naturels ou celles qui consacraient l’égalité de tous les Haïtiens devant la loi. Le général mulâtre Gérin eut à déclarer que la progéniture d’un esclave ne saurait jamais être égale à la sienne. Solutionner les problèmes liés au préjugé de couleur et aux différences d’origine sociale était un défi de taille pour Dessalines.

Le conflit éclata ouvertement entre les mulâtres et Dessalines quand celui-ci prit les dispositions pour bloquer les tentatives des mulâtres du Sud de s’approprier les biens des anciens colons. Il fit rentrer tous ces biens dans le patrimoine des villes et des régions. La corruption avait eu le temps de gangrener tout le Sud. Les mulâtres commerçaient clandestinement avec les Anglais et les Américains, ce qui représentait un manque à gagner considérable pour les caisses de l’état. Encore que ces pays ne nous reconnaissaient même pas en tant qu’état. Les anciens affranchis et les hauts dignitaires de l’armée commencèrent à s’accaparer des terres, des habitations et des maisons que les colons français ont abandonnées dans leur fuite. Ils arrivèrent même à fabriquer de faux titres de propriété jaunis avec de la fumée pour avoir un aspect d’ancienneté. Dessalines mit un frein à toutes ces combines en réclamant la vérification de tous les titres de propriété. Dessalines à cette occasion prononça des paroles qui signèrent son arrêt de mort :  « De la même façon qu’on traite ceux qui volent des poules, des denrées ou du bétail, je ferai fusiller ceux qui ferment les yeux sur l’accaparement des biens de l’état…avant de prendre les armes contre Leclerc, les mulâtres, tout fils de blancs qu’ils furent, ne recevaient aucun héritage de leur père. Comment comprendre que sitôt que nous avons chassé les colons, ces fils se mettent à réclamer leurs biens ». « Les noirs dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils donc rien » ? Ce langage était inacceptable pour les factions mulâtres qui décidèrent de passer à l’action. Dessalines quitta Marchand le 17 octobre 1806, pour rencontrer Pétion, Gérin et Yayou, à Port-au-Prince. Ce dont il ne se doutait pas c’est que ceux-là aussi étaient du complot.

Quand il arriva au Pont rouge, un groupe de soldats sous le commandement de Gérin ouvrirent le feu sur lui et son aide de camp, Charlotin Marcadieux, un mulâtre qui s’interposa entre Dessalines et ses assassins en l’embrassant pour le protéger. Ils furent tous deux criblés de balles. Le corps de l’empereur fut par la suite mutilé et éparpillé sur la voie publique. Ces assassins se montrèrent aussi atroces et féroces que les colons. Néanmoins, Défilée, femme de courage, resta fidèle à l’empereur et à l’idéal révolutionnaire même après la mort de celui-ci. C’est cette femme qui honora le cadavre de Dessalines, comprenant que les dépouilles du père de la Nation méritaient un traitement autre, après son assassinat. Toute seule, elle fit son enterrement. Le courage et la loyauté de l’impératrice n’étaient pas différents. Claire Heureuse, la femme de l’empereur qui soignait les soldats blessés en marge des batailles, allait honorer le nom de l’empereur, son projet et sa réputation en confrontant ses assassins.

Courage et loyauté

Le pouvoir, les grands moyens économiques et la richesse ne montaient pas la tête de Dessalines, ne le grisaient ni ne l’aveuglaient nullement. Il était conscient du fait que durant toute sa vie les conspirations et les trahisons qu’attisaient divers intérêts ambitions économiques, constituaient une menace constante contre son projet, son existence et même contre celle de la nation. Cependant, face à ses responsabilités historiques, il ne se laissait jamais immobiliser par le danger. Il s’est battu pour la liberté et pour son peuple durant toute sa vie, sans rien attendre en retour. Comme il le disait lui-même : « J’ai tout sacrifié pour une seule richesse : notre liberté. »

Il ne s’est jamais fait d’illusion et savait que la trahison pouvait venir de l’extérieur comme de l’intérieur. Le 1e janvier 1804, il prononça ces paroles prophétiques : « Si vous m’assassinez, vous connaitrez le sort des peuples ingrats ». Nous, nous ne sommes pas ingrats et nous vous sommes éternellement reconnaissants Papa Dessalines. Nous savons aussi que vous aviez dit que vous n’avez pas peur du jugement des membres de votre génération ni de celui des générations à venir, si vous arriviez à sauver votre pays. Nous vous disons merci, Papa Dessalines, car votre rêve s’est réalisé. Vous avez sauvé votre pays et vous nous avez sauvés. Vous avez réussi trois révolutions pour créer une nation. Vous avez rejeté le Code noir pour nous élever au rang d’Homme. Vous avez élevé la race noire à la dimension de toutes les autres et lui avez donné sa place dans l’histoire de l’humanité. Vous nous avez légué une déclaration d’indépendance qui représente un idéal pour toute l’humanité.

Vous êtes le plus grand révolutionnaire que la terre ait jamais connu.

Vous avez plané si haut, Jean-Jacques Dessalines que malgré tous les problèmes auxquels la nation a été confrontée, en tant que peuple, nous resterons toujours dans les tréfonds de la mémoire de l’humanité, comme l’oiseau posé sur la plus haute branche.

Mes compatriotes, je vous ai présenté aujourd’hui comment un esclave est devenu soldat ; comment le soldat est devenu colonel, le colonel, général, le général, gouverneur, le gouverneur, empereur et enfin, comment l’empereur devint un immortel.

  • Je vous remercie
  • Garaudy Laguerre

[1][1] Grenadiers! À l’assaut!

Tant pis pour ceux qui meurent!

Nous n’avons ni pères, ni mères

Grenadiers! À l’assaut!

Tant pis pour ceux qui meurent!

3] Ayiti Boyo Kiskeya

Réseau HEM Canada Global ISSN 2564-1689